L’Afrique est depuis longtemps considérée comme le futur grenier du monde. Le continent dispose de vastes terres arables, d’une demande en forte croissance et d’un environnement entrepreneurial dynamique capable d’offrir des emplois à des millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
Pourtant, son potentiel agricole reste largement inexploité. L’Afrique continue d’importer d’importantes quantités de produits alimentaires, tandis que des déficits persistants en matière d’énergie, d’irrigation, de financement et de services numériques freinent la productivité et l’investissement. Combler cet écart nécessitera 180 milliards de dollars d’investissements, ainsi qu’une action coordonnée associant infrastructures, réformes publiques et capitaux privés.
C’est ce défi qu’AgriConnect entend relever. Lancée il y a un an par le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds international de développement agricole (FIDA), avec le soutien d’une coalition de partenaires du développement et du secteur privé, l’initiative s’est fixé un objectif ambitieux : connecter 300 millions de petits exploitants aux marchés, aux financements et aux services agricoles d’ici à 2030.
L’objectif d’AgriConnect est de renforcer l’ensemble de l’écosystème qui entoure les agriculteurs. Des exploitations plus productives et plus résilientes, associées à des marchés plus performants, peuvent générer des retombées économiques plus larges : davantage d’accès à l’énergie, aux capacités de stockage et de transformation, des marchés du crédit et de l’assurance plus solides, et, à terme, davantage d’emplois et de meilleurs emplois.
Un an plus tard, l’Afrique montre la voie. Cinq des dix premiers pactes nationaux AgriConnect ont été lancés sur le continent et, ensemble, le FIDA et le Groupe de la Banque mondiale ont déjà atteint au moins 10 millions d’agriculteurs grâce à des investissements ciblés.
Ce premier bilan est encourageant. Mais pour passer à la vitesse supérieure, il faudra adopter de nouvelles façons de travailler. Cette première année a mis en lumière quatre enseignements qui devraient guider la prochaine phase d’AgriConnect et, plus largement, nourrir la réflexion sur la transformation agricole.
Premièrement, une transformation durable des systèmes alimentaires exige de relier les investissements à l’ensemble de l’économie.
En Angola, par exemple, le nouveau Pacte AgriConnect prévoit de tirer parti du corridor ferroviaire de 1 300 kilomètres reliant la région minière du Copperbelt, en République démocratique du Congo et en Zambie, au port de Lobito, pour connecter les agriculteurs et les coopératives aux infrastructures de stockage, de transformation et aux marchés internationaux.
Traversant quatre grandes provinces agricoles, ce corridor permettra de rapprocher les producteurs des marchés, de réduire les pertes après récolte et de renforcer la sécurité alimentaire en facilitant la circulation de cultures telles que le maïs, le soja ou le riz.
La leçon est claire : les grands projets d’infrastructure ne doivent pas seulement faciliter le transport des marchandises. Ils doivent aussi créer des opportunités économiques pour les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires situés le long de ces corridors.
Deuxièmement, il est essentiel de réduire les obstacles à l’accès aux infrastructures, aux services, aux financements et aux marchés, en particulier pour les petits producteurs, les femmes et les jeunes entrepreneurs ruraux.
C’est là que le partenariat entre le FIDA et le Groupe de la Banque mondiale apporte une valeur ajoutée unique. Le FIDA dispose d’une expertise approfondie dans l’accompagnement des petits producteurs et le renforcement des institutions rurales inclusives. Le Groupe de la Banque mondiale apporte son expérience en matière de politiques publiques, de financement public et privé, d’infrastructures et de mobilisation d’investissements à grande échelle.
L’intégration de ces compétences dans des programmes dirigés par les gouvernements permet de maximiser leur impact.
Dans les basses terres d’Éthiopie, par exemple, les deux institutions collaborent depuis plusieurs années dans le cadre d’un même programme gouvernemental. Ensemble, elles ont permis à 825 000 éleveurs pastoraux d’accéder à des formations et à des conseils techniques, tandis que 2,7 millions d’autres personnes ont bénéficié d’un meilleur accès aux marchés et aux services sociaux.
À l’échelle mondiale, cette ambition nécessitera également de mobiliser des expertises bien au-delà de nos institutions : recherche scientifique, innovation privée, nouvelles technologies ou encore données. Nous continuons donc d’élargir notre réseau de partenaires afin de réunir les compétences, les idées et les ressources nécessaires.
Troisièmement, l’engagement du secteur financier privé est indispensable.
Il est essentiel de travailler avec les banques, les compagnies d’assurance, les investisseurs et les acteurs des chaînes de valeur agricoles afin de créer davantage d’opportunités pour les petits producteurs et les entrepreneurs ruraux.
Le Togo s’est engagé dans cette voie. Dans le cadre d’AgriConnect, le pays ambitionne de mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés et de porter la part de l’agriculture dans les prêts bancaires d’environ 1,2 % à 5 %.
Pour y parvenir, le pays investit dans des infrastructures numériques et des outils financiers destinés à faciliter le financement agricole : registres numériques des agriculteurs, assurances, financement sur entrepôt, garanties de crédit et fonds de partage des risques pour encourager les banques à prêter davantage.
Quatrièmement, les programmes doivent être conçus pour être déployés à grande échelle.
Cela suppose d’identifier rapidement ce qui fonctionne, de mettre en place les conditions institutionnelles, réglementaires et commerciales favorables, et de permettre l’adaptation des approches réussies dans différents pays.
AgriConnect s’articule autour de six domaines pouvant être développés à grande échelle : les technologies agricoles (AgTech), le financement innovant, les coopératives agricoles, les infrastructures, les réformes des politiques publiques, ainsi que les compétences, les services de conseil et la recherche. À mesure que de nouveaux pays et partenaires rejoignent l’initiative, nous pouvons accélérer l’apprentissage collectif et répliquer plus rapidement les solutions efficaces.
La prochaine phase devra transformer une ambition partagée en une mise en œuvre coordonnée. Pour y parvenir, nous avons besoin d’un engagement accru des banques multilatérales de développement, des institutions de recherche, des investisseurs et de l’ensemble des partenaires prêts à apporter leurs idées, leur expertise et leurs capitaux au service de cette transformation.
AgriConnect est une initiative du Groupe de la Banque mondiale mise en œuvre en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds international de développement agricole (FIDA), la Banque interaméricaine de développement (BID), Google et Bayer.
Source: Banque mondiale





