L’initiative mondiale « Alerte précoce pour tous » (Early Warnings for All – EW4All), lancée par les Nations unies en 2022, vise principalement à sauver des vies et à prévenir les blessures face aux événements climatiques extrêmes (vagues de chaleur, inondations, tempêtes).
Elle permet de combler les lacunes dans les zones les plus exposées, notamment les villes informelles des pays en développement, où l’accès aux alertes reste limité.
Mais une alerte précoce réussie ne se résume pas à l’envoi d’un message technique. L’ONU et l’Union internationale des télécommunications (UIT) définissent cette initiative comme un dispositif reposant sur quatre piliers interconnectés, formant une chaîne indissociable : si l’un de ces maillons est défaillant, l’alerte échoue.
C’est ce que souligne Yacouba Guebre, aujourd’hui coordinateur de la préparation et de la réponse aux catastrophes à la Croix-Rouge burkinabè. Pour lui, la mise en place de systèmes fiables et de protocoles d’action précoce peut éviter les catastrophes ou, du moins, en limiter considérablement les impacts.
Yacouba mesure l’importance de ce dispositif en se rappelant les tragiques inondations qu’a connues la ville de Ouagadougou en 2009, une catastrophe ayant fait plus de 150.000 sinistrés, selon le rapport Report No:56803-BF de la Banque mondiale. En quelques heures, Ouagadougou avait enregistré plus de 260 millimètres d’eau.
« Le pays n’avait pas connu de pluie d’une telle intensité depuis plusieurs décennies… À l’époque, j’étais à l’Université et je militais au sein de la section universitaire de la Croix-Rouge burkinabè », se rappelle-t-il.
« Juste après les inondations, notre comité local a mobilisé des volontaires pour aller sur le terrain, aider les communautés à sauver ce qui pouvait l’être et apporter les premiers secours. Par la suite, nous avons appuyé les autorités dans l’évaluation des besoins afin d’activer l’assistance d’urgence », a-t-il précisé.
« J’avoue qu’à l’époque, on se sentait vraiment utiles pour nos communautés. Pendant plus de trois mois, avec les autres camarades volontaires, nous avons contribué à assister les 150.000 personnes sinistrées, que ce soit en matière d’abri ou d’alimentation, puis pour leur relogement. C’était une très grande intervention. On faisait ce qu’on savait faire de mieux, parce qu’on avait été formés pour ça : on se préparait, on attendait que la situation survienne, puis on se déployait sur le terrain », a-t-il poursuivi.
Quand l’alerte arrive trop tard
C’est avec les années que la prise de conscience s’est faite. « Avec le recul, je me suis rendu compte qu’on aurait pu éviter cette situation ou, du moins, en réduire l’impact. À l’époque, la météo avait fait une annonce, mais peu de temps avant que les grosses pluies ne frappent la ville. Si nous avions intégré les actions précoces, nous aurions pu informer les communautés pour qu’elles se mettent à l’abri. Cela aurait permis de limiter au maximum le nombre de décès et de blessés, tout en préservant les moyens de subsistance des populations », explique-t-il, plein d’émotion.

Selon le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), la mortalité liée aux catastrophes dans les pays disposant de systèmes d’alerte précoce multirisques (MHEWS) plus complets est près de six fois inférieure à celle enregistrée dans les pays aux capacités limitées.
« Cela m’a beaucoup touché. Aujourd’hui, nous sommes tous unanimes : il faut travailler à avoir des systèmes d’alerte précoce fonctionnels à l’échelle du pays, surtout au sein des communautés les plus vulnérables. Il faut que les alertes parviennent à temps, adapter les messages dans les langues locales et trouver les canaux appropriés pour leur diffusion », a-t-il conclu au sortir d’un groupe de travail consacré à la mise en œuvre des actions anticipatives.
Ce groupe de travail constitue un espace de partage d’expériences inscrit à l’agenda du Forum africain sur les alertes précoces, une rencontre visant précisément à inscrire les actions anticipatives dans une vision à long terme. FIN
Ambroisine MEMEDE





