Le réchauffement climatique affecte aussi les animaux et leur cycle de vie. Chez certaines espèces, la reproduction est avancée ou s’intensifie, parfois avec une portée supplémentaire par an, ce qui peut avoir des conséquences sur la survie des petits.
En Antarctique, les manchots ont avancé leur période de reproduction à une vitesse record, selon une étude récente de l’Université d’Oxford. Chez le manchot papou, la nidification intervient en moyenne 13 jours plus tôt qu’auparavant, jusqu’à 24 jours dans certaines colonies.
Les manchots Adélie et à jugulaire ont, eux, avancé leur reproduction d’environ 10 jours. Observée sur dix ans grâce à des caméras automatiques, cette évolution est la plus rapide chez des vertébrés.
Les scientifiques ignorent encore pourquoi cela se produit, mais ils pensent que ce pourrait être lié à l’alimentation. Avec la fonte des glaces, mais aussi la photosynthèse des océans, la nourriture est disponible plus tôt dans l’année et les manchots adaptent leur cycle reproductif.
Des cycles accélérés aussi en Europe
Le phénomène est également observé en Europe et en Suisse, notamment chez les insectes. Léonard Schneider, post-doctorant et chargé d’enseignement en climatologie appliquée à l’Université de Neuchâtel, cite l’exemple du bostryche et de la pyrale du buis, capables de produire davantage de générations par an.
« Le bostryche, un petit coléoptère qui se nourrit notamment d’épicéas, est passé de deux à trois générations par an sur le Plateau suisse. Du point de vue du bostryche, on peut dire que c’est plutôt favorable pour sa reproduction », explique-t-il.
« La pyrale du buis peut aussi potentiellement faire un cycle de plus dans l’année. »
Ce bouleversement n’est toutefois pas bénéfique à toutes les espèces. Le hérisson, désigné animal de l’année 2026 par Pro Natura, en fait les frais, selon Joan Eberlein, responsable de l’association Erminea, qui recueille des individus en difficulté. « A l’automne et en hiver, il fait souvent plus doux qu’avant, donc le comportement des hérissons change. Ils font des portées plus tardivement », observe-t-elle. « En 2025, nous avons reçu énormément de petits en novembre et décembre qui n’avaient pas le poids adéquat pour passer l’hiver. Ce sont des petits hérissons qui sont condamnés. »
Certains ne pèsent que 200 grammes, alors qu’ils devraient atteindre entre 700 et 800 grammes pour survivre à l’hibernation.
Des équilibres écologiques fragilisés
Ces décalages peuvent aussi modifier l’équilibre entre espèces. En Antarctique, les scientifiques observent une mise en concurrence accrue entre les trois espèces de manchots, qui cohabitaient jusqu’ici grâce à des périodes de reproduction légèrement décalées.
Le manchot papou, plus généraliste et plus adaptable, s’en sort le mieux et voit ses effectifs augmenter. A l’inverse, les manchots Adélie et à jugulaire, plus dépendants du krill et de conditions de glace spécifiques, sont en déclin.
Un autre risque réside dans les décalages entre reproduction et ressources alimentaires. « Il peut y avoir ce qu’on appelle des ‘mismatch’, des décalages », explique Léonard Schneider. « Pour une espèce d’oiseau insectivore, par exemple, il est important que la période de nidification coïncide avec un pic de nourriture afin de pouvoir nourrir les poussins en temps voulu (…) Si ce n’est plus le cas, la reproduction devient plus difficile faute de ressources. »
Pour mesurer pleinement l’impact du changement climatique sur la survie des espèces, il faudrait plus d’études à long terme, à l’échelle de l’ensemble des écosystèmes.
Alexandra Richard/juma





