Des cadres supérieurs des ministères des Finances et des administrations fiscales de sept pays africains se sont réunis ce lundi 9 Février 2026 à Lomé, dans le cadre d’un atelier régional de cinq jours sur les politiques fiscales sensibles au climat, organisé par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF).
À travers cet atelier, l’ACBF entend accompagner les pays africains face à un défi majeur : soutenir la croissance économique tout en répondant aux impacts de plus en plus lourds du changement climatique.
Entre 2010 et 2022, la dette publique du continent a augmenté de 230%, limitant les ressources disponibles pour les services sociaux et le financement de l’action climatique.
Pour répondre à cette situation, les gouvernements africains sont appelés à intégrer davantage les enjeux climatiques dans leurs politiques fiscales. Il s’agit notamment d’utiliser la fiscalité comme un levier pour encourager les pratiques respectueuses de l’environnement et mobiliser des ressources nationales en faveur des investissements verts.
L’atelier de Lomé s’inscrit dans le cadre du projet CADAST, lancé par l’ACBF en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD). Ce projet vise à renforcer les capacités des gouvernements africains dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques macroéconomiques vertes.
Durant les cinq jours de formation, les participants travailleront à améliorer leur compréhension des politiques fiscales sensibles au climat, à partager les bonnes pratiques en matière de conception, de mise en œuvre et de suivi, et à se familiariser avec des outils pratiques pour gérer ce type de politiques.
À l’ouverture des travaux, Mme Akou Mawussé Adetou-Afidenyigba (directrice de cabinet du ministère des Finances et du budget) a salué les efforts du Togo en matière de fiscalité climatique et a appelé à une coopération régionale renforcée.
« L’objectif principal de cet atelier est de renforcer la capacité des participants à concevoir, mettre en œuvre et suivre des politiques fiscales sensibles au climat qui mobilisent les ressources nationales tout en promouvant la durabilité environnementale », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que cette démarche s’inscrit pleinement dans les priorités nationales du Togo. Le pays s’est engagé dans plusieurs réformes visant à renforcer la mobilisation des ressources internes, améliorer l’efficacité et l’équité du système fiscal, et aligner les politiques publiques sur les objectifs de développement durable et de résilience climatique.

Selon elle, la fiscalité peut jouer un rôle clé, notamment à travers l’intégration de critères climatiques dans la fiscalité sectorielle, l’adaptation des incitations fiscales en faveur des investissements verts et une meilleure articulation entre fiscalité, budget et politiques climatiques.
La directrice de cabinet a également insisté sur le fait que le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité économique et budgétaire.
« En Afrique, ses effets se traduisent par la baisse de la productivité agricole, la pression accrue sur les ressources naturelles, la multiplication des chocs climatiques extrêmes et une vulnérabilité croissante des populations les plus fragiles. Dans ce contexte, la politique fiscale devient, selon elle, +un outil stratégique de la transition climatique+ », a-t-elle souligné.
De son côté, Peguewinde Rodolphe Bance (chef de l’Unité gouvernance économique et sociale de l’ACBF et représentant du secrétaire exécutif de la Fondation), a rappelé que « l’Afrique demeure l’une des régions les plus vulnérables aux effets du changement climatique, malgré sa faible contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre ».
Il a également mis en lumière les difficultés de mobilisation des ressources internes, avec un ratio moyen recettes fiscales/PIB de 15 %, bien en dessous du seuil de 20 % jugé nécessaire pour financer efficacement les politiques publiques.
Selon lui, cet atelier s’inscrit dans le cadre du programme BETA (Bâtir l’excellence en matière de fiscalité et d’administration), lancé par l’ACBF pour renforcer les capacités des administrations fiscales et des décideurs publics africains.
Il a exprimé la reconnaissance de la Fondation au gouvernement togolais, à la Banque africaine de développement et aux partenaires pour leur appui.
Présent à la rencontre, le secrétaire exécutif du Forum des administrations fiscales ouest-africaines (FAFOA) a salué l’initiative et souligné l’importance de la mobilisation des recettes fiscales intérieures pour les administrations fiscales et douanières de la sous-région.
Il a annoncé que la Banque africaine de développement a accepté de financer un projet de renforcement des capacités dans la gestion de la TVA et des exonérations fiscales.
Pour les participants, la fiscalité apparaît ainsi comme un levier incontournable pour relever les défis du changement climatique et renforcer la résilience des économies africaines, dans une dynamique de coopération régionale renforcée. FIN
Bernadette AYIBE





